197 ter rue Saint-Charles (15e arrondissement)


Les deux pavillons jumeaux construits par Maurice Porche pour M. Dehont, en 1901 - la demande de permis date du 12 juin - seraient-ils actuellement menac�s de destruction ? En janvier 2006, la Commission du Vieux Paris avait renouvell� l'inqui�tude que lui inspirait, depuis un certain temps, l'�tat de conservation pr�occupant de ces �difices. H�las, malgr� l'int�r�t manifeste des gens de l'art, depuis leur cr�ation, les charmantes maisonnettes de Porche n'ont pas cess� de se d�grader : l'absence de quelques fen�tres, remplac�es par des plastiques, l'empilement de mat�riaux tr�s divers dans la petite cour, une impression d'abandon g�n�ral... tout cela ne laisse rien pr�sager de bon pour une des derni�res constructions pavillonnaires encore existantes, dans ce quartier � pr�sent compl�tement envahi par de grands immeubles impersonnels... Un de plus, prochainement, ce ne serait pas impossible. M�me si, pour le moment, aucun panneau n'indique l'imminence d'une construction nouvelle, ou d'une �ventuelle r�novation.










Mais r�nover quoi ? L'ensemble garde encore de beaux restes de sa splendeur pass�e, mais il nous est parvenu dans un �tat r�ellement pitoyable. Le n�221 des "Monographies de b�timents modernes" de A. Raguenet nous offre une vue exceptionnelle de ces villas dans leur �tat initial, lorsque le quartier �tait encore un charmant hameau pavillonnaire � la fronti�re entre la capitale et sa proche banlieue. On remarque avec regret que sa cl�ture extraordinaire, perc�e de trois portes, �uvre du grand ferronnier Emile Robert, n'existe plus depuis longtemps - elle avait d�j� disparu, il y a une bonne quinzaine d'ann�es, lorsque la maison �tait une agence de la S�curit� Sociale - remplac�e par quelque chose qui ne porte gu�re de nom, tant elle se d�finit par sa m�diocrit�, m�me si elle est investie de la m�me fonction !
La fen�tre du premier �tage de la trav�e centrale a �t� simplifi�e, les marquises ont �t� enlev�es - dommage, car les quelques �l�ments de ferronnerie encore existants sont des cr�ations vraiment originales, dues � Wrigny - et les petits �l�ments sculpt�s, au-dessous ou entre les fen�tres, ont �t� syst�matiquement d�truits.
Un toit tr�s pentu d�core le sommet de la trav�e de gauche. Il donnait une grande partie de son cachet � la maison, par ailleurs assez simple. On pourrait le croire miraculeusement pr�serv�. Mais le dessin ancien t�moigne bien que ce toit � �t� raccourci - et refait dans un mat�riau moderne d�nu� de toute gr�ce -, et donc priv� de son fa�tage en gr�s, �uvre d'Alexandre Bigot. Reste heureusement la jolie fen�tre ronde qui y �tait perc�e. Mais l'un des chats qui la d�coraient � disparu - il n'en reste que le bout de la queue ! - et celui qui reste, en piteux �tat de conservation, semble maintenant regarder la lune en attendant le retour improbable de sa compagne... L'auteur de ces sculptures, P. Demange, serait triste, au m�me titre que les ferronniers, le c�ramiste, le propri�taire et l'architecte, de voir dans quel �tat son �uvre se retrouve aujourd'hui.

Maurice Porche est un architecte aujourd'hui trop mal connu, et son �uvre aurait bien du mal � �tre prot�g�e avec ce cruel d�faut de notori�t�. Il fut pourant l'auteur d'un bien joli immeuble d�cor� de c�ramiques, � la fronti�re entre Paris et Vincennes. Dans le malheur de ses petites villas jumelles pourrait �galement �tre entra�n� un petit b�timent annexe, construit � l'arri�re du terrain, et command� par Dehont aux architectes Richard et Audiger, si prolifiques dans tout l'arrondissement. La demande de permis de cette extension date du 7 avril 1906. Tr�s sobre, mais d'un dessin int�ressant, elle est orn� d'une belle imposte en gr�s flamm�, sans doute issue des ateliers d'Emile M�ller.
La construction de 1901, � la fois simple dans ses volumes, modeste dans ses mat�riaux, et tr�s sophistiqu�e dans sa d�coration, n'est d�j� plus que l'ombre d'elle-m�me. Mais que va-t-il advenir de ce qu'il en reste ? Je ne saurais trop vous conseiller d'aller la voir rapidement. Ses derniers jours sont peut-�tre d�j� compt�s !