16 rue d'Abbeville et rue du Faubourg-Poissonni�re (10e arrondissement)


Georges Massa est un architecte tr�s singulier, difficile � conna�tre, presque insaisissable. Irritant et fascinant, par bien des c�t�s. Ses �uvres sont rarement sign�es, et les plus belles ne le sont jamais. Surtout, il semble se volatiliser compl�tement d�s 1905, Charles Adda signant seul, cette ann�e-l�, l�immeuble assez banal qu�ils dessin�rent ensemble, � l�angle de la rue de Tolbiac et de la rue Bobillot.
Massa est aujourd�hui si mal connu que l��difice pr�sent, construit pour M. Gehrling, qui en signa la demande de permis le 7 mai 1897, fut pendant longtemps attribu� � Jules Lavirotte. Il n�a pourtant rien en commun avec le g�nial auteur de l�immeuble de l�avenue Rapp, en dehors d�un go�t certain, mais ici tr�s partiel, pour l�exag�ration.
La question doit donc �tre pos�e : Massa m�rite-t-il d�entrer dans une histoire de l�architecture Art Nouveau ? On peut indiff�remment y croire ou en douter. Son chef-d��uvre absolu, la villa Eden Roc, qu�il construisit � Golfe-Juan pour lui-m�me - malheureusement aujourd�hui d�truite -, �tait d�une incroyable fantaisie et d�une divertissante vari�t�, mais ses d�tails n�avaient presque rien d�Art Nouveau.


L�imposant immeuble de la rue d�Abbeville, adjacent au bel �difice des Autant, nous conduit � de comparables interrogations. D�une mani�re g�n�rale, il rel�ve de l��clectisme le plus orthodoxe, avec ses guirlandes de fleurs, ses ferronneries banales, les balustres en pierre sagement align�s de ses balcons. Pourtant, une surprenante d�mesure perturbe et enrichit cette belle ordonnance, gr�ce aux monumentales cariatides supportant les deux trav�es d�encorbellements vitr�s. Ces femmes, hautes de la taille d�un �tage, ont un ind�niable charme �Belle-Epoque� qui leur assure, d�embl�e, une sympathique place de choix dans notre voyage dans l�architecture 1900.

Mais cela suffit-il pour faire de l��difice un chef-d��uvre ? L��poque de sa conception est malheureusement trop pr�coce pour avoir conduit son auteur � succomber enti�rement aux charmes du Modern Style. H�las, il ne s�agit pas vraiment d�un probl�me de dates ; nous verrons, � propos de l�avenue Mac-Mahon, que Massa restera toujours � la porte de l�Art Nouveau, sans jamais totalement y entrer.