122 avenue Mozart (16 arrondissement)


Le 17 f�vrier 1909, Hector Guimard �pousa Adeline Oppenheim, une artiste-peintre fille d�un (riche) banquier am�ricain, de six ans sa cadette. Pour marquer cette nouvelle situation, l�architecte entreprit la construction d�un h�tel particulier, dans la mani�re classique qu�il avait r�cemment adopt�e, un art moins agressivement m�di�val et plus bourgeoisement inspir� par le grand style du XVIIIe si�cle. Il en fit publier la demande de permis, d�s le 14 juin 1909.
La parcelle est ingrate, �troite et triangulaire. Mais Guimard en profita pour r�aliser un chef-d'�uvre d'architecture, une extraordinaire figure de style, m�nageant deux vastes salles � chaque �tage, et rel�guant astucieusement les d�gagements et les pi�ces annexes dans les espaces rest�s libres. Ici, pas d�escalier principal, trop co�teux en m�tres-carr�s, mais un ascenseur enti�rement couvert de miroirs - aujourd�hui disparu - qui fit l�admiration de ses visiteurs !


Le rez-de-chauss�e permit le d�placement de l�agence de Guimard, geste tr�s symbolique d�une nouvelle �poque. Au premier �tage se trouvaient les deux pi�ces de r�ception, ovales : le grand salon et la salle � manger. Une seule chambre au niveau suivant, aux angles arrondis, ainsi qu'une "roberie" pour Madame et une pi�ce pour les "habits de Mr. Guimard". Au troisi�me �tage �tait l'atelier d'Adeline et une chambre d'ami. Quant au comble, il contenait trois chambres de domestiques.
L'�difice �tait incroyablement meubl�. Un inventaire assez pr�cis, conserv� � New York, nous assure que le couple Guimard vivait dans un lieu d'autant plus encombr� qu'il �tait de proportions tr�s modestes. Quelques photographies des pi�ces du premier �tage, dans leur �tat d'origine, et de la chambre principale, ont �t� heureusement conserv�es ; elles confirment l'incroyable accumulation de meubles, cadres et autres sellettes qu'on pouvait y trouver, sans compter les bibelots ou la production picturale de la propri�taire !
Apr�s la mort de l�architecte, Mme Guimard voulut offrir cette maison et tout ce qu'elle contenait, � l'Etat, puis � la ville de Paris. Mais, l'Art Nouveau connaisant alors sa longue p�riode de purgatoire, tous deux refus�rent sans �tat d'�me. Quel dommage ! Nous perd�mes ainsi un ensemble tr�s homog�ne de meubles de l'architecte, dont le nombre et l'homog�n�it� de style �taient doubl�s d'une qualit� d'ex�cution exceptionnelle et d'une virtuosit� sans �quivalent dans le reste de sa carri�re. Les mus�es de Nancy, de Lyon et du Petit Palais, � Paris, accept�rent tout de m�me le don de quelques ensembles tr�s significatifs (chambre et salle � manger, en particulier). Puis l'h�tel fut vendu. Il a malheureusement �t� divis� en appartements par la suite, ce qui alt�ra sensiblement l'ing�niosit� de ses espaces int�rieurs. La belle baie en bois de l�atelier fut alors inutilement remplac�e par une fen�tre beaucoup plus banale.


La pollution parisienne a beaucoup nui � cet �difice d�licat, et en particulier � l�extraordinaire entourage sculpt� de sa porte d�entr�e, au centre duquel figure le beau monogramme de Guimard. Il s�est doucement d�grad� au fil des ann�es, jusqu�� menacer de dispara�tre d�finitivement. Heureusement, une r�cente restauration lui a merveilleusement rendu sa splendeur originelle.
Le vestibule est une des cr�ations les plus agr�ablement po�tiques de Guimard. La rampe du petit escalier est d'une magnifique invention et la d�coration stuqu�e est des plus soign�es. Le grand cadre, aujourd'hui vide, contenait autrefois un tableau d'Adeline Guimard-Oppenheim, repr�sentant une sc�ne de genre de style r�aliste. Mais... justement... Le style g�n�ral de la maison, au d�cor tr�s pr�cieux, fait imm�diatement penser � une jolie petite bo�te de drag�es d�licatement ouvrag�e, o� aucun d�tail ne fut n�glig�, dans l'architecture comme dans la d�coration int�rieure. Pour avoir eu la chance de le visiter presque enti�rement, j'ai eu l'�trange impression d'entrer dans la maison d'une femme des ann�es 1910, plus que dans l'h�tel particulier d'un architecte. Adeline Guimard fut probablement l'�me de cet �difice ; il a �t� construit pour elle - et sans doute avec sa fortune - et lui r�servait des espaces importants pour son usage personnel.

M�me s�il n�entre pas dans le cadre de ce blog, je ne saurai trop vous inciter � jeter un coup d��il � l�immeuble qui borde la villa Flore, face � l�h�tel Guimard : il est du m�me architecte, mais date de sa p�riode Art D�co. Con�u au printemps 1924 pour l�industriel Michel Houyvet, il ne fut finalement r�alis� qu�en 1927, � la suite de multiples tracasseries administratives. Lui aussi tr�s �troit, mais assez long, il renonce totalement au d�cor sculpt�, pr�f�rant jouer avec les diff�rences de structure et d�aspect des diff�rents mat�riaux. Les seuls ornements subsistant de la p�riode Art Nouveau y sont les discr�tes fontes artistiques, dont Guimard ne cessa pas de faire un usage abondant jusqu�� la fin de sa carri�re.