103 avenue des Champs-Elys�es (8e arrondissement)


L�ancien Elys�es Palace H�tel, depuis longtemps devenu le si�ge de plusieurs banques successives, couvre un p�rim�tre assez impressionnant, puisqu�il occupe la totalit� d�un vaste p�t� de maisons, d�limit� par l�avenue des Champs-Elys�es - sa fa�ade principale - et les rues Bassano, Vernet et Galil�e. Georges Chedanne, son architecte, n�a pas sign� l�ouvrage - il semble d�ailleurs n�avoir jamais mis son nom sur aucun de ses �difices, sans doute persuad� que sa qualit� de laur�at du Prix de Rome d�architecture le dispensait d�avoir � exhiber son patronyme dans les rues -, au contraire de ses diff�rents sculpteurs, pour certains collaborateurs fid�les : F. Sicard, L. Baralis, P. Gasq et H. Lefebvre.

Le programme n��tait pas ais�, compte tenu de l�importance de la surface � construire. Mais Chedanne �tait parfaitement � l�aise dans ce genre d�exercice, ce � quoi sa culture classique et son parcours acad�mique l�avaient parfaitement pr�par� (souvenons-nous du plus tardif h�tel Merced�s, qu�il �difia � quelques centaines de m�tres). Il r�solut cette difficult� en traitant chacune de ses fa�ades de fa�on tr�s diff�rente, et en usant de la sculpture ornementale comme �l�ment de pittoresque et de vari�t�.


L�h�tel fut con�u au d�but de l�ann�e 1897 et sa demande de permis de construire fut publi�e le 8 mars 1897. C�est dire sa pr�cocit� et sa place int�ressante parmi les premiers chefs-d��uvre de l�Art Nouveau. Les mod�les classiques s�y montrent n�anmoins dominants, si on exclut les rondeurs s�duisantes du rez-de-chauss�e. Sur l�avenue principale, le b�timent se contente d�une alternance r�guli�re de trav�es en saillie ou en retrait, les premi�res �tant couronn�es par de puissants ensembles de colonnes et de frontons arrondis. Dans les soubassements de ces diff�rents bow-windows, les quatre sculpteurs ont plac� leurs gigantesques �uvres, g�n�ralement compos�es de deux enfants plac�s autour de fen�tres ovales, au milieu d��l�ments naturels d�une foisonnante vari�t� : oiseaux, plantes, instruments de musique. El�ments d�animation et de fantaisie, ces reliefs sont aussi un v�ritable panorama de la grande sculpture ornementale � l�extr�me fin du XIXe si�cle, gr�ce � la vari�t� des styles de chaque sculpteur et � la vari�t� de leurs mises en page.

L�entr�e de service est sur l�une des rues adjacentes. Tr�s simple, elle se compose de quatre solides piliers dont les chapiteaux rel�vent compl�tement de l�Art Nouveau : des t�tes barbues y �mergent d�licatement au milieu de plantes tr�s diverses.









Si la fa�ade arri�re, sur la rue Vernet, a volontairement �t� trait�e avec une plus grande sobri�t�, la sculpture, essentiellement v�g�tale, l�emp�che d��tre trop aust�re, gr�ce � d�autres chapiteaux, d�une rare invention formelle, et � quelques entourages de fen�tres ovales, d�une richesse presque excentrique.

La seconde fa�ade lat�rale se singularise par de grands bustes pittoresques, qui semblent repr�senter les quatre parties du monde, th�me presque peu insolite pour un h�tel international. Ces morceaux sculpt�s sont absolument superbes et m�riteraient d��tre plus admir�s par les badauds des Champs-Elys�es.

Les amateurs de Modern Style seront enchant�s, s'ils accordent un peu d'attention au d�tail de ce d�cor tr�s foisonnant. Car sur l�avenue, en dehors des grands reliefs sculpt�s - les seuls � avoir �t� sign�s -, il para�t n�cessaire d�accorder un peu de temps � tous les petits motifs, diss�min�s � tous les �tages : faunes, dieux des marais, langoustes ou autres poissons, t�tes de b�lier, enfants nus, l�Elys�es Palace fut con�u comme une impressionnante galerie de sculpture ornementale, o� l�Art Nouveau, par l�agencement des motifs et la d�licatesse de certains d�entre eux, sembe se d�gager peu � peu, et visiblement, du vocabulaire acad�mique. On ne s��tonnera pas que Georges Chedanne, grand architecte tent� par une modernit� monumentale, ait particip� � cette �mergence et � la d�finition d�un langage nouveau.