
Raoul Brandon (1878-1941) est un architecte assez rare pour la p�riode qui nous int�resse, ayant rapidement partag� son activit� entre la France et l�Egypte, o� il �difia quelques-unes de ses �uvres majeures entre 1907 et 1913. N�anmoins, il con�ut � Paris plusieurs immeubles importants, parmi lesquels celui de la rue de Charenton et ceux-ci, situ�s de part et d�autre de l�entr�e de la courte rue Huysmans, � l�angle de la rue Duguay-Trouin.
Bien qu�ils soient dat�s de 1919, leur conception est beaucoup plus ancienne, les demandes de permis de construire ayant �t� publi�es le 2 avril 1913, pour le n�1, et le 28 mai 1913, pour le n�2. Les propri�taires en �taient respectivement : Mme Rolland d�Estape et M. Beaudoire.

Con�us probablement ensemble, ils ne forment n�anmoins pas une paire, puisque tout semble les diff�rencier, en dehors du principe d�une galerie au dernier �tage, plus courte et limit�e au n�2, visiblement inspir� par celles de Charles Plumet au n�1. L�un des immeubles est enti�rement en pierre, avec de charmants reliefs ovales dus au ciseau du sculpteur Sartorio, repr�sentant des jeunes femmes jouant avec leur enfant, et des guirlandes de raisins o� s��battent de jolis oiseaux sur les importantes parties nues de la fa�ade ; l�autre m�lange abondamment la brique rouge � la pierre et son d�cor sculpt� se limite � quelques t�tes, pour des linteaux de fen�tres, et � d�immenses volutes v�g�tales, o� la tige est clairement mise en relief comme �l�ment de structure (1).


S�il s�agit encore d�Art Nouveau, c�est d�un Art Nouveau volontairement aust�re et viril, que viennent � peine adoucir les gr�ces de la sculpture d�corative. Mais Brandon n�a jamais pr�tendu �tre un architecte �gracieux� ! On sent ici tout le poids pr�dominant d�une composition architecturale puissante, annonciatrice de la massivit� qui allait dominer les ann�es d�entre-deux guerres.


En dehors de leurs dossiers de voirie, les plans de ces immeubles figurent dans le fonds Raoul Brandon appartenant au mus�e d�Orsay, o� la part �gyptienne de sa carri�re, passionnante, est �galement tr�s abondamment et judicieusement repr�sent�e. On y trouve notamment, pour le n�1, une magnifique aquarelle de pr�sentation, dat�e du 27 avril 1923, fantaisie architecturale comparable � celles qu�on avait longtemps pu voir, r�guli�rement, dans les Salons d�avant-guerre. Dans une composition tr�s agr�ablement touffue, organis�e autour d�une grande couronne v�g�tale, l�architecte a plac� la fa�ade de l��difice, la vue d�un salon et de l�escalier, le d�tail des deux cr�ations de Sartorio, des diff�rents types de ferronneries - dont celle qui orne les portes de l�ascenseur - et une perspective de la galerie. Les visages qu�on devine au bas de l�aquarelle ressemblent � des ornements de consoles, peut-�tre imagin�s mais jamais r�alis�s.
Dans le titre de cette aquarelle sont clairement mentionn�s Raoul Brandon et sa femme comme propri�taires. La couronne, ainsi que la pr�sence de deux pigeons se b�cotant, lie visiblement cette �uvre au mariage de l�architecte. En effet, celui-ci �pousa effectivement la commanditaire de l��difice � l��poque de la r�alisation de ce dessin magnifique et extraordinairement virtuose.
(1) Il existe de forts passionnantes photographies anciennes pour cet immeuble. L�une d�elle, en particulier, reproduit une maquette en pl�tre qui d�montre que la tr�s simple entr�e de ce n�1 �tait � l�origine pr�vue avec un imposant entourage sculpt� : Brandon - avec la collaboration tr�s probable du m�me Sartorio - avait pr�vu d�y montrer deux imposantes statues f�minines sous d�immenses feuillages formant une sorte d�arceau autour de la porte d�entr�e.