
Promenons-nous � pr�sent dans une tr�s courte rue du 12e arrondissement, au nom d�j� tr�s po�tique. Cette rue de Capri offre la particularit� d'�tre l'�uvre exclusive d'un seul architecte, Ch. A. Lemaire, artiste qui fut assez prolifique, notamment dans l'ouest parisien. Pour ce que nous en connaissons, ses constructions sont toujours agr�ables � regarder, m�me si elles manquent parfois du petit grain de folie qui a fait le succ�s des grands b�tisseurs de son �poque.
Ici, la surprise est r�elle, puisque Lemaire ne s'est pas cru oblig� de r�p�ter � l'infini la m�me fa�ade et le m�me d�cor, proposant ainsi une tr�s grande vari�t� visuelle. Il s'en trouve que, � c�t� d'immeubles sans grande originalit� - normal, en cette �poque tardive o� l'Art Nouveau triomphant s'essoufflait de plus en plus dans ses concessions aux "grands styles" -, quelques autres apparaissent vraiment comme de jolies constructions, notamment aux n�1, 5 et 11 bis.
La seconde originalit� de ce lotissement tient au fait que Lemaire �tait, pour l'essentiel, le propri�taire et le promoteur de ces �difices. D'ailleurs, dans les successives demandes de permis, il n�gligea souvent de se mentionne, soit comme architecte, soit comme commanditaire. Ces demandes se sont succ�d� du 24 juillet 1909 (pour le n�2, � l'angle de la rue de Wattignies), 3 ao�t (n�4), 6 ao�t (n�11), 10 ao�t (n�1 bis), 17 ao�t (n�8 et 11 bis), 30 ao�t (n�6), 6 octobre (n�5), 11 octobre (n�1), 6 novembre (n�7), 10 novembre (n�12), 18 novembre (10 bis), 24 novembre (n�10), 5 janvier 1910 (n�9 et 12), jusqu'au 16 f�vrier 1910 (n�3 bis et 7). Dix-sept immeubles, donc, dont seulement trois n'appartenaient pas � l'architecte : le n�1 bis, � Mlle Pichot, demeurant � Boulogne-sur-Seine ; le n�3 bis, � M. Marc, 20 rue Louis-David, et le n7, � M. Fantou, 32 rue de la Croix-Nivert. Nous ignorons la raison d'une telle multiplication de demandes, souvent � quelques jours d'intervalle, mais elle d�t �tre probablement financi�re.


D'une mani�re g�n�rale, on pourrait presque qualifier le d�cor de ces immeubles de "nanc�ens", tant ils sacrifient � la fleur de chardon, pour la d�coration, ou aux hauts pinacles d'inspiration m�di�vale, si fr�quents dans l'Art Nouveau de la capitale lorraine (au n�1, surtout). Ailleurs, au n�5, une porte s'inspire visiblement du mod�le propos� par Guimard au Castel B�ranger, et repris par Lavirotte dans son h�tel de la rue S�dillot, avec son grand arc interrompu par deux fortes colonnes. Plus loin encore, au n�11 bis, Lemaire a jou� sur la fantaisie d'une d�coration tr�s �l�gante, assez ludique, et totalement gratuite. Les beaux immeubles - qui lui appartenaient tous - se remarquent ainsi par ces efforts particuliers de d�coration, plus soign�e et plus abondante.