
Puisque nous sommes dans le IXe arrondissement, ne le quittons pas... et restons m�me dans la rue de Mogador pour y admirer un �difice assez int�ressant des d�buts du style 1900, construit par Charles des Anges en 1898.
La demande de permis, �manant de M. Fayollet, fut publi�e d�s le 8 f�vrier 1897, soit � une date o� cette nouvelle forme d�architecture cherchait encore � d�finir son langage. L��difice en t�moigne amplement, par des volumes fort simples, des murs assez nus, mais en laissant transpara�tre une nette influence m�di�vale, notamment dans l�apparence des encorbellements, tant sur la rue de Mogador qu�� l�angle de la rue Joubert.

L�int�r�t principal de l��difice, outre son agencement tr�s ing�nieux et d�une efficace sobri�t�, r�side dans des compl�ments en c�ramique, limit�s � des motifs floraux d�une couleur verte assez clinquante, par endroit relev�s d�un peu de mauve cuivr�. Sous le bow-window principal, deux gros tournesols en accentuent le caract�re aust�re. Ces tr�s impressionnantes fleurs sont sign�es. Malheureusement, la signature est tr�s difficile � lire. Il semble n�anmoins qu�on puisse y lire le nom de Muller, ce qui ne surprendra gu�re, � une �poque o� Alexandre Bigot n�avait pas encore pris l�essentiel de la client�le de son concurrent.

Participant de la m�me simplicit�, la grille de la porte d�entr�e est l�occasion d�une composition tr�s g�om�trique, comme les premiers ma�tres de l�Art Nouveau, parmi lesquels Guimard et Plumet, avaient su en dessiner pour leurs premiers ouvrages.
L�ensemble rel�ve bien de ce qui a parfois �t� appel� le �proto-Art Nouveau�. Certes, � la date de 1898, de v�ritables architectures 1900 existaient d�j� bel et bien. Mais, lors de la conception des plans, Charles des Anges n�avaient encore probablement que des mod�les encore mal caract�ris�s pour aiguiser son imagination. L�immeuble, au moment de son ach�vement, dut ainsi para�tre d�j� un peu �d�mod�, car faisant principalement appel � ces panneaux de gr�s que tous les pionniers avaient d�j� utilis�, entre 1893 et 1897, et qui avaient constitu�, pendant ces quelques ann�es, la marque la plus visible d�une modernit� en gestation. Il n�en reste pas moins que les t�moignages de l�Art Nouveau naissant sont suffisamment rares pour nous conduire � ne pas n�gliger celui-ci.

Qui �tait Charles des Anges (parfois aussi appel� : "Desanges") ? On sait fort peu de choses � son propos. N� � Londres en 1852, il �tait presque d'une g�n�ration ant�rieure � Guimard. Pour le reste, nous n'avons qu'une seule v�ritable information biographique � son propos : il fut, en 1882-1883, pr�sident de la Soci�t� des anciens �l�ves de l'�cole sp�ciale d'architecture, o� il avait fait ses �tudes. Les permis de construire ne le signalent que pour ce seul �difice, indice d�une carri�re sans doute peu de temps apr�s interrompue. Les promesses de la rue de Mogador ne furent donc jamais confirm�es et la petite �toile qui commen�ait � appara�tre n�a vraisemblablement pas brill� tr�s longtemps.
Peut-�tre assez fier de ce travail, il le pr�senta au Salon des Artistes Fran�ais, en 1898 (sous le n�4258 : "D�tails de d�coration int�rieure d'une maison, rue Mogador, � Paris"). On conna�t son dessin gr�ce � sa publicaton dans "L'architecture-Salon", mais il ne montre rien de v�ritablement moderne. Seul l'agencement de la feuille, par sa sympathique accumulation de motifs juxtapos�s, pourrait �ventuellement �tre rattach� � une d�marche Art Nouveau. Il semble n�anmoins assez symptomatique que, dans cet �difice discr�tement novateur, l'architecte ait tenu � y concevoir aussi les espaces int�rieurs.
Au Salon suivant, en 1899, Charles des Anges exposa des dessins relatifs � une villa b�tie � Vaucresson. Puis son nom disparut d�finitivement.