83 boulevard de Grenelle (15e arrondissement)


Les trois immeubles que je pr�sente aujourd�hui ont la particularit� d�avoir �t� construits, entre 1902 et 1903, par Albert S�lonier (1858-1926), et d�avoir �t� d�cor�s par le sculpteur Despois de Folleville. Le premier fut l�un des architectes les plus prolifiques de Paris, auteur de plus de trois cents �difices pendant la p�riode qui nous int�resse, capable de construire dans tous les genres, du n�o-gothique � l�Art Nouveau, m�me si l��clectisme semble avoir eu ses pr�f�rences ; le second est le tr�s singulier ornemaniste d�j� rencontr� au 58 bis, avenue du G�n�ral-Michel-Bizot (Pichard et fils, architectes), et probablement au 9, rue Chanzy, construit par Achille Champy, dont il fut fr�quemment le collaborateur.

S�lonier �tait alors g�n�ralement associ� avec Saint-Blancard, mais ce dernier n�eut pas toujours l�autorisation de mettre sa signature sur les fa�ades qu�ils dessin�rent ensemble. Et c�est d�ailleurs le cas ici, au moins pour les deux derniers immeubles, puisqu�aucune demande de permis de construire ne semble avoir �t� publi�e pour l��difice situ� � l�angle du 2, rue Dante, et de la rue Galande (Ve arrondissement). La fa�ade nous apprend au moins qu�il fut �lev� de 1902.

Architecturalement, la construction ne pr�sente rien de v�ritablement remarquable. S�lonier et Saint-Blancard �taient g�n�ralement trop occup�s pour se permettre de concevoir autre chose qu�une solide construction classique, bien agenc�e, mais totalement d�nu�e de v�ritable originalit�. En fait, on s�aper�oit imm�diatement que tout le charme de l�immeuble repose en totalit� sur le travail d�Henri Despois de Folleville - qui ne signait g�n�ralement que sous une forme abr�g�e : �D. de Folleville� -, comme toujours caract�ris� par de petits motifs d�une invention toujours plaisante, mais trait�s avec une rondeur assez molle, admirable � force d��tre syst�matique.
Si la porte d�entr�e ne pr�sente pas le joli travail de virtuosit� qu�on pourrait attendre de lui, son talent se manifeste n�anmoins dans l�ornementation de l�arrondi des deux fa�ades, et surtout dans le ravissant vestibule, dont la porte int�rieure est agr�ment�e de boiseries tr�s �l�gantes.

Le 53, boulevard de Picpus (XIIe arrondissement) porte les m�mes signatures, mais la date y est remplac�e par celle de 1903. Ce mill�sime permet de diff�rencier, parmi les deux demandes de permis de construire trouv�es dans le �Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris�, celle qui concerne cette parcelle de celle qui se rapporte � l�immeuble voisin. Ces deux demandes concernent pareillement le 55, boulevard de Picpus. Le propri�taire est identique, ainsi que les architectes, S�lonier et Saint-Blancard. Mais la premi�re fut publi�e le 30 juillet 1902, tandis que la seconde ne le fut que le 24 f�vrier 1904.
Folleville collabora aux deux �difices, mais il s�ing�nia pourtant � y adopter deux styles totalement diff�rents pour chacun d�entre eux. Et, sans contestation possible, celui qui fut orn� de motifs 1900 attire bien mieux l��il que son voisin, d�un style classique beaucoup plus sage.

Au n�53, il r�alisa un joli entourage de porte, au milieu duquel se devine un petit visage comique, et laissa aller sa fantaisie partout o� cela pouvait �tre possible, notamment sous les appuis des balcons en pierre, joliment dessin�s par S�lonier, ou les grandes embrasures de fen�tres, sous le traditionnel balcon courant.
Mais ces immeubles ne sont que des �ap�ritifs�, � c�t� de la jolie r�alisation du 83, boulevard de Grenelle, dans le XVe arrondissement, situ�e � l�angle de la rue Auguste-Bartholdi. La num�rotation du boulevard semble avoir �t� tr�s mouvante, puisque le projet fut d�clar�, le 21 juin 1902, sur une parcelle portant alors le n�73.

L�architecture, sobre et traditionnelle, montre assez les arguments que S�lonier avait pour s�duire sa client�le si abondante ! On y retrouve les m�mes balcons en pierre du boulevard de Picpus, mais sur un �difice beaucoup plus imposant, o� l�architecte n�a m�me pas cherch� � jouer la carte de la diversit�.
Folleville, une fois, fait l��talage de son savoir-faire, gr�ce aux motifs en vaguelettes dont il avait le secret, et dont il couvrit litt�ralement les murs des deux fa�ades. La porte d�entr�e fut l�occasion d�un exercice de style assez �tonnant. Cette partie du quartier est assez ennuyeuse, et la pr�sence du m�tro a�rien n�ajoute rien pour lui donner du charme ! Gr�ce un curieux m�lange entre �clectisme et Modern Style, le sculpteur a r�ussi � �tre �moderne� sans trop se faire remarquer au milieu d�un tissu urbain banal et convenu.

Mais le vestibule, encore une fois, lui permet de montrer toute l��tendue de sa fantaisie, dans son style parfaitement reconnaissable. Les mosa�ques de sol et les boiseries de la porte int�rieure contribuent � faire de cet espace une ravissante cr�ation, voulue pour le seul plaisir des occupants de l�immeuble... et de leurs visiteurs.