185 rue Belliard (18e arrondissement)


Le 22 mars 1910, l�architecte Henri Deneux fit publier une demande de permis pour un petit immeuble de quatre �tages sur rez-de-chauss�e, dont il �tait �galement le propri�taire. Ce devait �tre l�unique fois o� son nom appara�t dans ces listes avant la Premi�re Guerre mondiale. Une fois pour un chef-d��uvre... record absolu, probablement !
Pourtant, la construction �tait situ�e dans un quartier modeste - qui l�est en grande partie rest� -, � l�angle d�une rue sombre et �troite, la rue des Tennis, et face � la tranch�e profonde d�une ligne de chemin de fer. L�emplacement est charmant, et b�n�ficie d�un bel ensoleillement. Mais la confidentialit� du quartier, qui pr�disposait d�embl�e l��difice � un habitat ouvrier - en dehors du dernier niveau, qui b�n�ficie d�une tr�s agr�able terrasse - ne laissait gu�re augurer le succ�s qu�il allait conna�tre, et encore moins son caract�re d��difice pr�curseur.
Dessin� en 1910, l�immeuble ne fut pas commenc� avant la fin de l�ann�e 1911 ; il d�t m�me attendre 1913 pour �tre achev� ! Cet incroyable laps de temps r�pondait-il � une exigence technique et artistique de l�architecte ? Trahirait-il des doutes et des h�sitations ? Nous l�ignorons. L�emploi du ciment arm� permettait pourtant de travailler beaucoup plus vite qu�avec des pierres de taille ou m�me des briques.

En dehors du caract�re technique, qu�on comprend ais�ment, simplement en regardant l��difice, Deneux s�est �videmment beaucoup int�ress� � son ornementation, simple par l�usage de carreaux de c�ramique industrielle, mais complexe par une mise en place tr�s sophistiqu�e des motifs. Ceux-ci sont principalement compos�s de fleurs blanches, extraordinairement stylis�es, inscrites dans des cercles, et dont les c�urs sont mat�rialis�s par des pointes en fa�ence en assez fort relief.

La structure est constamment soulign�e par d�autres carreaux, de couleurs, o� domine un bleu intente, soit en draperies, � l�angle des deux rues, soit en fragments, sur les ar�tes de toutes les saillies, soit positionn�s d�une fa�on plus r�guli�re, comme pour apporter au rez-de-chauss�e une tr�s feinte impression de solidit�.
Dans son principe, le proc�d� rappelle celui d�Anatole de Baudot, tel qu�il fut employ� � l��glise Saint-Jean-de-Montmartre. Mais la r�alisation, nettement plus rustique, se donne des allures beaucoup plus modernes qui forcent encore l��tonnement, pr�s de cent ans plus tard.

Si la rue des Tennis pr�sente une fa�ade assez sobre, sur laquelle s�ouvrent les pi�ces de service et de d�gagement, son immense parement de carreaux blancs, � peine anim� par quelques assises de couleurs, n�en appara�t pas moins tr�s impressionnant. Le contraste est total avec la fa�ade principale, sur la rue Belliard, o� l�architecte m�nage une �tonnante fantaisie et de multiples effets, de trav�e en trav�e, tant dans le traitement des volumes que par la vari�t� des solutions d�coratives.

Deneux n�a sacrifi� ici qu�une seule fois au charme de la courbe, pour le linteau de la porte d�entr�e. L�, il s�est amus� � se repr�senter � sa table de travail, pensif, entour� de ses instruments de travail : �querre, r�gle, compas et feuilles papier. S�il est possible de douter du caract�re Art Nouveau de cet immeuble - qui n�entre pas dans le mouvement, mais en annonce, au contraire, une des issues possibles -, ce joli d�tail suffirait � nous rappeler l��poque de sa construction. En d�pit d�une abstraction presque totale, la c�ramique appara�t - presque pour la derni�re fois - comme un �l�ment d�coratif d�terminant, rappelant ces chefs-d��uvre sign�s par Lavirotte, Klein ou Bocage, qui avaient fait les beaux jours d�une architecture fonci�rement inventive par l�apport de la couleur.

15 mai 2016 : Gr�ce � la gentillesse d'un internaute, qui m'a adress� une image extraite de leur catalogue commercial, j'ai pu savoir que cet important rev�tement c�ramique �tait d� � Gentil et Bourdet. Qu'il soit vivement remerci� pour cette information !