1 rue Boulard (14e arrondissement)


Le surprenant immeuble de la rue Boulard, � l�angle du 11 rue Froidevaux, fut command� par M. G�roudeau � l�architecte Boucher, et sa demande de permis de construire fut publi�e le 13 f�vrier 1911. C�est gr�ce � cette publication que l�auteur de l��difice nous est connu, puisqu�il n�a pas trouv� n�cessaire de le signer.
A cette �poque d�j� tardive, l�Art Nouveau commen�ait � vouloir se muer en un style � la fois plus s�v�re, plus anguleux, mais sans encore renoncer � une certaine sophistication d�corative. Cet immeuble est donc tr�s int�ressant, en proposant un art assagi, mais avec une r�elle volont� d�originalit� dans la pr�sence de multiples ouvertures et balcons, et par la pr�sence des motifs color�s, en mosa�ques de gr�s aux motifs d�j� tr�s stylis�s.



Gr�ce � l�existence d�un angle, l�architecte a pu faire l��talage d�une grande diversit� formelle, multipliant saillies et petits balcons, donnant � son �uvre l�aspect d�un petit ch�teau, mais sans chercher � exag�rer le caract�re d�fensif d�un castel � la Guimard, lui refusant toute r�f�rence directe � l�architecture m�di�vale. La d�monstration parfaite de l��l�gance d�corative de l�immeuble r�side dans sa belle porte d�entr�e, principalement compos�e de trois cercles orn�s de motifs floraux en mosa�que.
Qui donc �tait l�architecte Boucher ? Son nom pourrait sembler assez banal, mais on le rencontre finalement assez peu dans les demandes de permis de construire de la ville de Paris.











On serait donc tent� de penser que cet artiste imagina aussi la ravissante et tr�s originale maison du 44, rue Jacques-Kabl�, � Nogent-sur-Marne, qui donne l�impression d�arriver tout droit de Nancy, gr�ce � l��l�gance de sa construction, la place faite � des morceaux audacieux de murs sans d�cor, la finesse des ornements.
Car cette maison est �galement d�un certain Boucher : c�est sous ce nom qu�elle fut publi�e dans �La Construction Moderne�. Son originalit� la signale visiblement comme l��uvre d�un architecte de talent, et l�auteur de l�immeuble de la rue Boulard peut �tre un tr�s s�rieux pr�tendant � sa paternit�. Gr�ce aux illustrations de la revue, l�aspect original de l��difice nous est conserv�. Malheureusement, ses parties les plus int�ressantes ont irr�m�diablement disparu, comme sa surprenante cl�ture en bois, son joli petit b�timent lat�ral, aujourd�hui limit� � un pignon qui ne sert plus qu�� s�parer la propri�t� du terrain voisin, qui lui appartenait donc � l�origine.

Mais l��l�ment dont la perte partielle nous para�t aujourd�hui bien cruelle est un �trange porche, adoptant cette amusante et gracieuse forme de champignon dont l�Art Nouveau fut parfois friande. Si son arrondi a �t� conserv�, ainsi que de les deux curieux occuli qui le surmontaient, il a malheureusement �t� prolong� pour former un arc de cercle banal et sans charme. Tous les vitraux qu�on devine sur les images anciennes ont �galement disparu, ce qui a achev� de banaliser cette maison, dont on ne plus que deviner l�originalit� ancienne. La conservation de quelques petits �l�ments sculpt�s ne permet malheureusement pas de compenser une mutilation aussi radicale, faite sans go�t et sans respect.