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Les cimeti�res sont de v�ritables jardins, souvent tr�s ombrag�s, et leur caract�re fun�bre ne suffit pas � assombrir une jolie promenade. On y trouve quelques superbes sculptures, �uvres de grands ma�tres, et de jolies chapelles, parfois dessin�es par des architectes de grand talent. Ce sont donc des lieux propices � la d�couverte d�un monument original ou du buste de quelques personnages connus.
Le cimeti�re Montmartre est sans doute un peu moins visit� que le P�re-Lachaise - le plus grand et le plus important de Paris - ou le cimeti�re Montparnasse, o� reposent quelques c�l�brit�s importantes, comme Charles Baudelaire. Bien qu�il soit plut�t excentr� et d�sagr�ablement travers� par le pont m�tallique de la rue Caulaincourt, il permet n�anmoins aux amateurs d�Art Nouveau d�y trouver, sans trop marcher, quelques monuments remarquables.
Sur le vaste rond-point qui constitue le point de d�part de toutes les art�res de ce cimeti�re, on n�en trouvera pas moins de deux, � quelques m�tres de distance : la tombe d�Emile Zola, par Frantz Jourdain, et la chapelle Delamare-Biohsel, par Boiret.

Le tombeau du grand �crivain, de 1902, ne pouvait pas �tre une �uvre m�diocre et totalement discr�te. On fit donc appel � Frantz Jourdain, qui �tait d�j� � l��poque une grande figure du monde de l�architecture, m�me s�il n�avait pas encore construit le chef-d��uvre de sa carri�re, les grands magasins de la Samaritaine. Le monument est install� sur une partie sur�lev�e, dominant le rond-point, qui permet de l�apercevoir d�assez loin. Il fut construit dans un magnifique granit rose, mat�riau plut�t rare dans les cimeti�res � cette �poque-l�. Derri�re la dalle fun�raire proprement dite, Jourdain a �lev� une sorte d�arche, aux nervures merveilleusement ouvrag�es et avec de discrets et ravissants ornements floraux : le buste de l��crivain, par Philippe Solari, y occupe la partie centrale. Ce portrait est assez insolite, puisqu�il le repr�sente tr�s jeune, soit � une �poque o� il ne ressemblait pas encore � l�homme peint par Manet, dans le magnifique et c�l�bre tableau aujourd�hui conserv� au mus�e d�Orsay, et encore moins � l�homme de soixante-deux ans qui venait de dispara�tre. La beaut� de ce tombeau vient de son caract�re parfaitement unifi�, de son aspect de sculpture monumentale, o� le caveau, caract�ris� par ses lignes droites, semble �merger d�un grand arc sinueux aux volutes d�licates.
On rappellera que le corps de Zola ne reposa pas longtemps au cimeti�re Montmartre, puisqu�il fut transf�r� au Panth�on d�s 1908.
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La rondeur caract�rise �galement la chapelle Delamare-Bichsel, directement construite sur le rond-point. Elle aussi �difi�e en granit rose, mais avec de plus importantes parties en bronze, elle se singularise par un ensemble important d�ouvertures, qui en fait un v�ritable �difice, quoique sans lui donner tout � fait l�apparence d�une v�ritable maison. L� encore, le caract�re sculptural domine, donnant toute son originalit� � ce curieux �dicule.
Au travers de la porte ou des fen�tres lat�rales, on peut facilement apercevoir la d�coration int�rieure, d�un luxe assez extraordinaire. Le seul mur aveugle est orn� d�une imposante mosa�que, repr�sentant un Christ ressuscit�, derri�re un �tonnant premier plan compos� d�une ravissante frise de fleurs rouges. Mais la petite coupole n�est pas moins remarquable, avec son d�licat d�cor floral, �galement r�alis� en mosa�que. Il n�est interrompu, tr�s r�guli�rement, que par des occuli joliment prot�g�s par des ferronneries en formes de branches feuillues.
L�auteur de cette curiosit� n�a pas laiss� un grand nom dans l�histoire de l�architecture. Pendant toute la p�riode de l�Art Nouveau, Boitet habita rue de Londres, o� il dessina de nombreux immeubles parisiens, parfois en collaboration avec son fils. S�il eut la bonne id�e de signer cette tr�s originale chapelle, il n�en fut pas de m�me pour ses collaborateurs, demeur�s anonymes.
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Dans le m�me cimeti�re, on ira admirer la belle tombe de la famille Pam, construite par Formig� en 1904. Le monument, en pierre, est d�inspiration parfaitement classique. Mais le sculpteur Bartholom� - celui-l� m�me qui se rendit c�l�bre avec l�impressionnant Monument aux Morts du P�re-Lachaise - l�orna d�une remarquable figure ail�e qui, prenant appui sur le mur qui ferme le monument, en occupe tout le plafond ; sa main droite �merge seule entre les deux colonnes. Cette tombe c�l�bre est aujourd�hui prot�g�e des intemp�ries par une plaque de plexiglas, ce qui n�est pas sans g�ner le visiteur qui voudrait l�admirer. Mais c�est �videmment un inconv�nient n�cessaire, qui permet une meilleure conservation d�un monument fragile, par nature expos� en plein air.