
Le blog ne pouvait pas ignorer qu�en juillet... tout le monde ne part pas en vacances ! Donc, par l�imagination - et par l�image -, partons imm�diatement nous inventer des souvenirs � Barcelone, l�une des plus extraordinaires cit�s de l�Art Nouveau. Et � tout seigneur, tout honneur, commen�ons ces chroniques estivales avec le ma�tre des ma�tres : Antoni Gaudi i Cornet (1852-1926) - pour lui donner son nom complet en catalan -, et par l�une de ses �uvres les plus c�l�bres : le Park G�ell.
Eusebi G�ell avait fait fortune dans l�industrie textile. D�s le d�but de sa carri�re, Gaudi se lia d�une profonde amiti� pour cet amateur d�art, qui ne lui confia pas moins de quatre chantiers importants auquel son nom reste indissolublement attach� : la Finca G�ell (1884-1887), le Palais G�ell (1886-1889) - qui fit conna�tre l�architecte dans l�Europe enti�re et lui ouvrit m�me, de fa�on �ph�m�re mais significative, les colonnes de la presse architecturale parisienne -, la Colonia G�ell, � Santa Coloma de Cervello (1898-1917) et le Park G�ell. A ces quatre ouvrages majeurs, on peut sans doute ajouter les �nigmatiques Bodegas G�ell, construites � Garraf, pour lesquelles la paternit� de Gaudi - ou de son ami Berenguer - n�est pas d�finitivement �tablie.

Le Park G�ell est donc la derni�re collaboration importante entre l�industriel �clair� et le g�nial architecte. Ce que nous en voyons aujourd�hui est un jardin, un jardin gigantesque, magnifique et surprenant, plein de surprises et d�inventions. Mais on serait tent� de dire en soupirant : �h�las, juste un jardin�.
En effet, ce qui appara�t aujourd�hui comme une sorte de parc d�attractions - mais sans attractions -, fut originellement con�u comme une cit�-jardin. Ainsi s�en trouve d�embl�e expliqu�s l�imposante cl�ture et les deux pavillons d�entr�e, charg�s de prot�ger une zone d�habitation. Gaudi se chargea donc, en premier lieu, d�am�nager le lieu. Les conditions initiales n��taient pas id�ales, puisque le terrain �tait accident� et pratiquement impropre � la construction. Donner une forme � cet immense espace fut donc en soi un ouvrage de titan. Et l�occupa pendant quatorze ans !


Car, sur les soixante maisons pr�vues, deux seulement furent construites, dont une, par Berenguer, est devenue un charmant petit mus�e consacr� � Gaudi, qui habita d�ailleurs dans le parc avant de s�installer d�finitivement � la Sagrada Familia.
Les am�nagements de l�architecte sont donc aujourd�hui priv�e d�une grande partie de leur sens, ce qui les rend sans doute encore plus po�tiques. Les pavillons d�entr�e, destin�s � l�administration et � la conciergerie, apparaissent ainsi d�une monumentalit� excessive pour ce n�est plus aujourd�hui qu�un simple lieu public d�volu � la promenade. L�un est pourvu d�une impressionnante tour surmont�e d�une croix, et les deux sont couverts de toitures d�inspiration orientale, enti�rement compos�es de d�bris de fa�ence, syst�me de d�coration tr�s r�pandu dans le parc, puisqu�on en retrouve aussi sur les �cussons de la cl�ture, l�escalier monumental, la salle des colonnes ou le c�l�bre banc.
Entre ces deux pavillons, une grande vol�e de marches - o� on admirera la c�l�bre salamandre dont j�ai plac� la photo en frontispice - conduit � une �trange salle plant�e de dizaines de colonnes doriques. Ces colonnes - dont le rang ext�rieur est fortement inclin�, servant de contrefort � l�immense esplanade qui se trouve au-dessus - devaient servir de r�servoir d�eau pour une grande partie de la r�sidence, une eau de pluie qui aurait �t� filtr�e en traversant la vaste place du niveau sup�rieur. Josep M. Jujol, �l�ve et collaborateur de Gaudi, y r�alisa de grands �cussons en d�bris de fa�ence.

L�esplanade peut �tre consid�r�e comme le c�ur du parc. Elle en est presque exactement le centre. Il s�agit d�un lieu o� les habitants de la cit� auraient �t� amen� � se retrouver, et � venir bavarder sur le fameux banc qui ceinture cette sorte de place publique en serpentant de fa�on continue. Il s�agit l� d�une des cr�ations les plus abouties et les plus po�tiques de Gaudi. Jujol, son fid�le collaborateur pour toutes les questions de ferronnerie et de c�ramique, le couvrit de milliers de petits fragments, principalement en fa�ence, mais aussi en verre ou en coquillage. L�espace, tr�s large et tr�s nu, s�en trouve ainsi vivement color�.



Mais qu�on n�en reste pas l�. Le Park G�ell est un jardin anglais o� la flore est luxuriante. Il faut prendre le temps d�y vagabonder. Et d�autant plus que Gaudi y a con�u tout un r�seau de promenades, simples, couvertes, ou m�me � plusieurs �tages, qui constitue certainement la partie la plus inattendue du lieu. D�abord parce que ces promenades, ponctu�es par des piliers qui pourraient �tre aussi bien des colonnes que des troncs d�arbre, ont �t� faites en b�ton. Ensuite parce que l�imagination de l�architecte s�y est donn� libre cours : ses colonnes sont courbes, inclin�es, ou se terminent en paniers. Leur d�couverte est une surprise de chaque instant, d�autant que leur style rustique - qui n�est pas sans rapport avec les �tranget�s du c�l�bre facteur Cheval - donne lieu � des solutions plastiques totalement neuves pour l��poque, et qui n�ont jamais �t� �gal�es depuis.