
La ville de Toulouse n�est pas sp�cialement reconnue comme un foyer d�Art Nouveau. Ayant en 1900 un tissu urbain d�j� tr�s dense, elle ne put v�ritablement s��tendre - comme la plupart des capitales r�gionales - que dans sa p�riph�rie. Du moins peut-on en faire le constat aujourd�hui, l�urbanisme qu�elle a connu depuis l�apr�s-guerre (et dont le m�tro n�est que la manifestation ultime) ayant probablement conduit � la destruction de quelques �difices �pars sans que personne ne s�en soit �mu, ni m�me aper�u. Comme � Rouen ou � Nantes, l�existence de la vitrine pittoresque d�un commerce en centre-ville ne surprend pas vraiment. Ce serait plut�t sa conservation qui devrait nous �tonner, tant les fa�ades d�h�tels ou de boutiques ont fait souvent les frais de perp�tuelles remises au go�t du jour. Ainsi, dans la discr�te rue Gambetta, dans le voisinage imm�diat de la place du Capitole, peut-on encore voir une d�licate devanture, malheureusement rest�e anonyme. Les d�licates couleurs des corbeaux, qui soutiennent le grand balcon rampant du premier �tage, permettent de distinguer les pommes de pin des chardons, �l�ments tr�s saillants qui sont reli�s par d��l�gantes gerbes v�g�tales, proc�d� assez s�r pour remplir de grands espaces.


Plus pr�s du sol, d�autres essences permettent, � gauche, d�admirer de tentaculaires arborescences de tiges, tr�s d�coratives mais peu r�alistes, et, entre les deux portes vitr�es, elles encadrent un espace qui devait servir de support pour de l�affichage ou de la publicit�. On remarquera que cet �l�ment tr�s sobre est couronn� par des petits pois dans leurs cosses, accompagn�s de leurs fleurs. Malgr� des murs de largeurs diff�rentes, ce joli d�cor tente d��tablir un semblant de sym�trie. C�est peut-�tre le signe que son cr�ateur a cherch� la s�duction plut�t que l�audace. On peut ainsi se demander si la porte vitr�e de droite n�a malheureusement pas perdu la belle courbe de bois qui subsiste encore sur celle de gauche.


La seule maison, plut�t �troite, qu�on peut �galement voir dans le centre de Toulouse, est celle que signa Joseph Galinier dans la rue Jean-Suau. Sa sobre et �l�gante sym�trie n�est perturb� que par des �l�ments sculpt�s en pierre, principalement un d�cor luxuriant de tournesols... une plante dont l�abondance dans les d�cors Art Nouveau ne nous surprend plus. Les soleils �mergent de vagues tourment�es d�un bel effet, qui ne sont pas sans rappeler, en beaucoup plus sage, les enroulements similaires de l�architecte Wagon, place Etienne-Pernet, dans le 15e arrondissement parisien. L��uvre de Galinier n��tant pas dat�e, on ne peut malheureusement pas dire lequel des deux artistes le premier l�id�e de telles sinuosit�s envahissantes.


Si on s��loigne un peu, du c�t� des bords du canal de Brienne, le 57 all�e de Brienne permet d�admirer l��difice probablement le plus remarquable de Toulouse. Il s�agit d�un ravissant h�tel particulier, sur lequel son architecte n�a pas daign� laisser son nom. Construit presque enti�rement en briques - particuli�rement claires pour Toulouse, o� elles sont pourtant beaucoup plus �roses� que dans le nord de la France -, la pierre n�y appara�t que pour souligner des �l�ments de structure ou de d�cor, en particulier les deux fines colonnes de la belle fen�tre ovale du rez-de-chauss�e ou l�encadrement tr�s raffin� de celle de l�attique. Quelques fa�ences servent de remplissage et un appareillage imitant la meuli�re sert de soubassement � la maison. Tous les d�tails y sont parfaitement dessin�s, en particulier les ferronneries, d�un dessin massif mais bien compos�. Contrairement � la rue Jean-Suau, on s�int�ressera ici moins aux tournesols et les pommes de pin qui constituent l�essentiel du d�cor sculpt�, tant il demeure discret.


Question sculpture, on ne peut qu�inciter le curieux � aller faire un d�tour par la place de la Concorde. L� se trouve, discr�te et presque fondue dans un environnement qui ne la met sans doute pas beaucoup en valeur, la d�licieuse fontaine de Cl�mence Isaure - la fameuse dame des jeux floraux de Toulouse - que r�alisa le sculpteur toulousain L�o Laporte-Blairsy (1865-1923). Le pl�tre fut expos� au Salon des Artistes fran�ais, en 1912, et la statue fut inaugur�e � Toulouse le 3 mai 1913. Des poissons et d�amusantes grenouilles ornent la margelle ; ils sont en bronze, comme la statue proprement dite de Cl�mence Isaure. Le socle de la statue, en pierre, est d�cor� d�enfants nus �mergeant d�une grande profusion de fleurs. La gr�ce de la jeune femme, les �l�ments de structure du socle et les contorsions amusantes des batraciens rel�vent parfaitement de l�esth�tique de l�Art Nouveau. Malheureusement, le quartier des Chalets o� cette fontaine se trouve n�offre pas beaucoup d�attraits pour les touristes, et seuls les Toulousains la connaissent vraiment. Pourtant, Laporte-Blairsy est un des sculpteurs importants de cette �poque, aussi int�ressant que Pierre Roche ou Raoul Larche. Mais il eut une carri�re principalement locale, ses �uvres principales �tant toutes � Toulouse.

Il ne semble pas qu�une quelconque tradition impose de �d�corer� Cl�mence Isaure au moment des f�tes de fin d�ann�e. Mais quelque farceur - de grande taille ! - avait eu la curieuse id�e d�enguirlander la dame avant que je vienne lui rendre visite, et d�y ajouter quelques boules de No�l. Je n�ai pas eu le courage, l�id�e, ni m�me le temps, de faire la m�me escalade pour avoir de plus jolies images. On me pardonnera donc la pr�sence incongrue de ces ornements disgracieux.