
Ce ravissant h�tel particulier, � l'origine construit face � la Seine - sur une voie qui portait alors le nom de Cours-la-Reine -, en est aujourd'hui s�par� par une voie rapide aussi laide que bruyante. Il vaut mieux le regarder de loin si on tient � l'admirer d'un seul coup d'�il, sans courir le danger d'�tre percut� par une automobile !
Curieusement, les fr�res L. et A. Feine n'ont pas sign� leur �uvre. Seul le commanditaire y a mis son nom, clairement visible � gauche de la porte d'entr�e. Il faut dire qu'il n'�tait pas n'importe qui : Ren� Lalique �tait, au moment de la d�claration de demande de permis, le 23 f�vrier 1901, l'un des plus grands joailliers de son �poque. Etait-ce une raison pour ne pas voir appara�tre le nom de ses architectes sur la fa�ade ? Sans doute, si on se rend compte que les Feine ne semblent avoir fait que cette seule incursion dans le domaine de l'Art Nouveau. Lalique aurait donc tout dessin� lui-m�me, ne se servant de ses architectes que comme simples ex�cutants. Ce en quoi ils s'acquit�rent parfaitement.



Ce petit bijou est d'influence nettement n�o-gothique, dont t�moignent amplement les beaux pinacles qui le couronnent. L'ensemble de la fa�ade, d'une sobre asym�trie - la trav�e de droite �tant plus �troite que celle de gauche -, est d'une allure assez noble, �vitant un d�cor trop charg�, essentiellement limit� � de tr�s originales ferronneries ; on y retrouve la ronce et la pomme de pin qui faisaient alors partie du vocabulaire iconographique des cr�ations de Lalique. Par contraste, la monumentale porte d'entr�e est beaucoup plus charg�e, occasion, pour le bijoutier, de r�aliser un v�ritable tour de force technique, dans le domaine de la verrerie o� il commen�ait une seconde carri�re, et qui allait progressivement prendre le pas sur la cr�ation de bijoux. Lui seul �tait capable d'une telle invention, chef-d'�uvre clairement destin� � faire l'�talage des possibilit�s de son art. De deux forts troncs de pierre s'�chappent des branches d'arbres qui se penchent les unes vers les autres, pour finalement se rejoindre dans l'immense mur de cristal central, o� elles paraissent alors se couvrir d'une fine pellicule de givre. L'effet est aussi simple que saisissant.

Gr�ce � des propri�taires g�n�reux, la visite du vestibule est parfaitement autoris�e, l'acc�s n'�tant restreint qu'� partir d'une seconde porte. Il est ainsi possible d'admirer cette impressionnante cr�ation de l'int�rieur o�, comme un vitrail, elle s'illumine pour mieux r�v�ler des d�tails d'une incroyable finesse. Par la m�me occasion, il est aussi possible d'avoir un coup d'�il sur le beau motif de ronce qui sert de rampe � l'escalier et le tr�s singulier ascenseur, qui para�t ench�ss� dans un buisson v�g�tal tr�s stylis�, o� la ronce se reconna�t �galement.
La qualit� de l'�difice, comme la personnalit� de son commanditaire, n'�chapp�rent � personne. Il fut plusieurs fois publi� dans la presse artistique de l'�poque.