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Connaissez-vous l�architecte Falp ? Non ? Pas possible ! Voil� une lacune qu�il faut combler de toute urgence, afin que vous connaissiez une architecture vraiment rafra�chissante, festive et d�licieusement na�ve. Car Falp est merveilleux � regarder lorsqu�on a le cafard, lorsque le ciel est triste, lorsque la vie semble tourner � vide. Et quand le c�ur est joyeux, quel feu d�artifice ! Car il fut probablement l�architecte le plus �trange - et indirectement aussi le plus dr�le - de toute l��poque Art Nouveau. Mais son m�rite est � partager avec un sculpteur plut�t m�diocre, qui eut pour nous le grand bonheur de lui avoir �t� fid�le, d�immeuble en immeuble. Donc, soyez bien pr�venus : c'est assez �tonnant !
Entre 1899 et 1907, Falp fut exclusivement fid�le � deux arrondissements parisiens : les XIe et XIIe. Il ne s�en �chappa qu�en 1914, en projetant un immeuble au 77, rue du Ruisseau, dans le XVIIIe. Ses d�buts semblent assez poussifs et purement utilitaires : parmi ses six premiers projets, un seul d�entre eux, boulevard de Charonne, d�passa le niveau d�un premier �tage. C�est donc, presque �vierge�, qu�il construisit enfin un immeuble important, au 41, avenue de Saint-Mand�. Il n�est pas inutile d�indiquer ici que le commanditaire, M. Boutillier, habitait au 1, avenue du Bel-Air, une rue tr�s large, mais assez courte, au moment de la publication de la demande de permis, le 20 d�cembre 1902 ; Falp allait, quelques ann�es plus tard, construire dans la m�me rue le tr�s probable chef-d��uvre de sa bien singuli�re carri�re.
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L�immeuble de l�avenue de Saint-Mand� propose d�j� quelques-unes des caract�ristiques qui d�finissent l�art de Falp : sur une architecture assez massive et sans grande originalit�, un sculpteur a anim� la fa�ade avec de tr�s amusants motifs, plus ou moins importants, o� on peut reconna�tre des t�tes de femmes aux cheveux longs, charmantes mais incroyablement inexpressives et st�r�otyp�es, des sortes de chats fantastiques, aux visages inqui�tants, et de grands oiseaux aux ailes d�ploy�es. Au-dessus de la porte, deux personnages �changent un baiser, dans un style tr�s na�f, fort divertissant. D�s ce galop d�essai, Falp s�est engag� totalement dans un Art Nouveau assez superficiel, dessinant des ornements et des encadrements assez pauvrement inspir�s, beaucoup plus en forme de spaghettis qu'en v�ritables "coups de fouet". Il y restera d�licieusement fid�le.

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Commanditaire et architecte se retrouv�rent � nouveau, plus de deux ans plus tard, avec un projet d�immeuble, publi� - le 16 janvier 1905 -, pour le 10 bis-12, rue de Picpus. Il s�agit, en fait, de l�actuel 2, rue Dorian, effectivement situ� � l'angle de la rue de Picpus.
Ce nouveau b�timent n'est, architecturalement, pas plus admirable que le pr�c�dent, en dehors d�un surprenant couronnement cr�nel�, inspir� par un moyen �ge d�op�rette, d�o� �mergent quelques amusantes t�tes d�animaux, paraissant occup�s � surveiller le va-et-vient des passants dans la rue. L�ensemble du d�cor sculpt�, d�un graphisme toujours aussi maigre et sans v�ritable relief, est encore plus divertissant que le pr�c�dent : les chats y sont beaucoup plus nombreux, les motifs se r�partissent un peu n�importe comment - l� o� il y a de la place ! - et l�encadrement de porte offre une composition tr�s �tonnante par son manque de structure : deux femmes autour d�une petite fille, r�duites � de simples bustes.


A la m�me �poque est projet� le fameux immeuble du 17 avenue du Bel-Air, command� par M. Guillaumet, qui en publia la demande de permis le 17 f�vrier 1905. La sculpture y est particuli�rement envahissante, r�servant un r�le majeur � toute une tribu de chats - et de souris, �videmment ! -, et surtout � des femmes aux longues chevelures, qui se veulent probablement sensuelles, mais qui, par une certaine uniformit� physique, semblent indiquer une source unique d'inspiration, peut-�tre certaines revues de mode o� les dessins ne pr�sentaient gu�re de mod�les mieux caract�ris�s. Nous sommes bien loin de l�art si accompli de Mucha, de De Feure ou de Grasset, pour ne citer que quelques-uns des ma�tres de l�affiche 1900, qui ont si bien dessin� les femmes ! La porte, encore une fois, est l�occasion d�une composition tr�s surprenante : une m�re, entour�e d�une ribambelle de petites filles, au milieu de fleurs. Cherchez, dans mes images, les alignements de t�tes d�oiseaux qui y sont cach�s ; peut-on r�aliser des ornements aussi dr�les, dans leur na�ve maladresse ?

Tout n�est pas qu�humour involontaire, chez le collaborateur de Falp : le vestibule de cet immeuble apporte enfin un semblant de s�rieux, avec ses grandes sphinges, presque inqui�tantes. Que signifient-elles ? Quel message sont-elles charg�es d�apporter ? Peut-�tre sont-elles simplement l� pour cr�er une divertissante variation sur le motif de l�aile de chauve-souris, tr�s � la mode en cette �poque de symbolisme, ici trait�e dans un style Art Nouveau tr�s d�coratif, et pour une fois assez convaincant. N�anmoins, le sculpteur, comme pour indiquer que tout cela n�est qu�un jeu, a plac� de v�ritables souris tout au long de la jolie corniche de cet espace, guett�es par des chats plus fac�tieux que m�chants.
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L�immeuble de l�avenue du Bel-Air nous donne enfin le nom de ce sculpteur si sympathiquement na�f : C. Ardouin. C�est apparemment la seule fois qu�il signa une fa�ade de Falp, mais il ne faut pas en douter : il a �t� le co-auteur exclusif de tous ses �difices. L�initiale de son pr�nom n�est sans doute pas exacte, puisque, un peu plus loin, le n�27 est clairement sign� �G. Ardouin� et dat� de 1905. Cet autre immeuble ne porte d�ailleurs que cette signature-l�, l�architecte n�ayant pas daign� y inscrire son nom. Or ce monsieur Lecoq, qui �tait aussi le propri�taire, publia les demandes de permis pour les n�27 et 29, le 25 juillet 1904, ce qui permet d�en apprendre l�identit�. Je me permets de compl�ter mon article avec l�image de la jolie femme qui surmonte la porte d�entr�e de cet �difice. Ardouin s'y montre nettement plus talentueux, proposant enfin une figure avec un v�ritable relief et une expression convaincante. Falp l'aura donc engag� pour r�aliser des travaux volontairement na�fs et presque enfantins pour les seuls b�timents dont il �tait l�auteur.
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En 1907, nous retrouvons encore nos deux artistes au 11 bis, rue Faidherbe, dans le XIe arrondissement. L�immeuble ne brille toujours pas par une originalit� architecturale particuli�re. Mais on peut, encore une fois, se laisser surprendre par tous les motifs amusants qui se r�partissent sur la fa�ade. Ce sont toujours de gracieuses petites t�tes de femmes ; l�une d�entre elles, plus monumentale, sert de motif central, au sommet de l'immeuble. L�entourage de la porte est toujours aussi singulier, mais pour une fois, c'est un chien qui appara�t, au lieu des chats habituels.

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Le 23 d�cembre 1908, M. Boutillier, maintenant install� dans son immeuble du 2, rue Dorian - qui portait alors le n�15 -, fit une demande de permis pour les deux parcelles adjacentes de la m�me rue. Falp et Ardouin furent, encore une fois, et pour notre plus grand plaisir, les fid�les ex�cutants de ses d�sirs. Ces immeubles, portant aujourd�hui les n�4 et 6, ne r�clament pas de nouveau commentaire : j'ai d�j� indiqu� tout ce qu�il fallait admirer plus particuli�rement dans leur travail ! On notera n�anmoins, au n�6, un joli buste de parisienne, tout en haut de l�immeuble, entour�e par deux �normes chats... un motif qui, on l�aura compris, constituait pour eux, et depuis longtemps, une sorte de signature visuelle.
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Gr�ce � l�obligeance d�un ami (auteur de la photographie), je termine ce bien curieux article avec un dernier �difice, malheureusement non dat�, de ces artistes bien amusants. En effet, ils ont aussi r�alis� le 104, avenue du Pr�sident-Wilson, � Montreuil-sous-Bois. Une nouvelle occasion de se r�galer avec un de leurs �tonnants entourages de porte : cinq petites filles aux chevelures compliqu�es, serr�es en arc de cercle comme des cerises autour un joli g�teau, tentant, mais peut-�tre un peu bourratif...