24 place Etienne-Pernet et rue de l�Eglise (15e arrondissement)


D�lirant, hallucinant, excentrique... tous les adjectifs susceptibles d��voquer la d�mesure et l�outrance sont autoris�s pour qualifier cet incroyable immeuble d�angle, tr�s divertissant, et pourtant tellement incongru dans un environnement urbain d�une sagesse bien ordinaire. S'agit-il d'un g�teau d�bordant de cr�me Chantilly ? D'une montagne de guimauve ? Il se caract�rise essentiellement, en effet, par son d�cor sculpt� envahissant, en grande partie d�inspiration florale, qui se r�pand en g�n�reuses courbes et contre-courbes caract�ristiques de l�Art Nouveau, mais d�bordantes et abusivement compliqu�es, jusqu'� devenir inqui�tantes pour le passant effray�. Du moins l'�tait-il certainement au d�but du XXe si�cle, tant il devait �tre peu habitu� � une d�coration aussi... moderne ! A lui seul, cet �difice pourrait justifier le terme de �nouille�, parfois m�chamment appliqu� � l�architecture de cette �poque, pour le caract�re presque �comestible� de cette sorte de p�tisserie d�goulinante.


N�anmoins, il ne faudrait pas se m�prendre. La structure de l��difice reste traditionnelle, et le d�cor ne sert qu�� d�guiser des lignes bien droites et des alignements r�guliers. La surprenante et c�l�bre porte d�entr�e, pour ne prendre qu�un exemple, n�est rien d�autre qu�un habillage joliment tourment�, entourant d�une fa�on tr�s habile une ouverture sans originalit� particuli�re.
Alfred Wagon n�est aujourd�hui connu que pour cet immeuble, command� par M. Dulac en 1905 - la demande de permis de construire fut publi�e le 25 avril -, mais il semble avoir �t� amplement suffisant pour lui apporter cette c�l�brit� qu'il conna�t aujourd'hui aupr�s des amateurs d'Art Nouveau. Domicili� 311, rue de Vaugirard, Wagon �tait alors particuli�rement actif dans les 7e, 14e et 15e arrondissements, mais avec une banalit� plus ordinaire qui lui �tait sans doute beaucoup plus naturelle.












S�il �tait n�cessaire de trouver un �quivalent � son incroyable construction, ce n�est pas � Paris qu�il faudrait le chercher, ni m�me en France, mais plut�t en Italie ou en Espagne. Cet art de l�exc�s, fonci�rement latin, se rencontre en effet de plus en plus rarement, au fur et � mesure qu�on s��leve vers le Nord de l�Europe. Il n�y a qu�� jeter un coup d��il dans le vestibule de notre immeuble : le dessin des boiseries et des stucs - sur les murs et jusque sur le plafond - trahissent la m�me influence m�ridionale, donnant l�insolite impression d��tre dans un quartier populaire de Barcelone, plut�t que dans un coin assez bourgeois d'un arrondissement de Paris.
On l�aura compris : le chef-d��uvre de Wagon appara�t comme une sorte d�amusante incongruit� dans le paysage parisien. On ne s'�tonnera donc pas du silence de la presse artistique contemporaine, qui s�est refus�e � en faire la publicit�.