Cadavre exquis n�2 : 53 rue du Val-d�Osne (Saint-Maurice, Val-de-Marne)


Apr�s les �Entr�actes�, consacr�s � quelques �difices int�ressants de nos belles provinces et de l��tranger, apr�s les �Documents�, permettant de vous faire partager quelques savoureux commentaires d��poque, voici une nouvelle rubrique : les �Cadavres exquis�. Disons-le d�embl�e : j�aurais vraiment aim� ne jamais la cr�er, car le titre se suffit presque � lui-m�me : il s�agit d�articles consacr�s � des constructions aujourd�hui disparues, mais qui ont heureusement laiss� des traces visuelles avant de dispara�tre. Dans cette cat�gorie pourront entrer une grande partie de l��uvre de Guimard, quelques-uns des �difices les plus ambitieux de Plumet, et j�ai corrig� l�intitul� de mon article sur l�h�tel d�Yvette Guilbert, construit par Xavier Schoellkopf sur le boulevard Berthier, pour en faire mon premier �cadavre exquis�.
Cette seconde �dition est consacr�e � trois �difices du Val-de-Marne, les deux premiers � Nogent-sur-Marne, le second � Saint-Maurice.

Le Casino Tanton a presque �t� une sorte d�embl�me des charmantes guinguettes construites � Nogent, sur les bords de la Marne. Le b�timent, en lui-m�me, �tait une sorte de halle couverte, tr�s simple mais tr�s lumineuse, qui d�tonnait sur le bord de la rivi�re par son �trange fa�ade, principalement compos�e d�une immense verri�re au dessin typiquement Art Nouveau. L�architecte en �tait Georges Nachbaur, que nous avons d�j� rencontr� dans ces pages.

Au Casino Tanton, on dansa la polka et la mazurka jusqu�� la guerre de 1914. Mais le b�timent ne r�sista pas au changement de go�t : il fut transform� en garage � bateaux, en 1929, par le Club Nautique de la Bourse de Paris ! Il existe toujours, mais ne pr�sente plus de v�ritable int�r�t architectural. A peine peut-on y reconna�tre le sommet de son grand arc vitr�...

Les Nachbaur �difi�rent �galement un �trange restaurant, �A la cloche�, qui se trouvait sur le boulevard de Champigny, � l�entr�e du pont de Nogent. Le style de ces architectes s�y reconna�t imm�diatement, avec ses lignes directrices parfaitement mises en valeur et ses ornements en relief. Les arcades du rez-de-chauss�e constituaient �videmment le �morceau de bravoure� de cet amusant lieu de d�tente et de bonne humeur, avec leurs formes presque exag�r�es soulign�es par la blancheur de leur enduit. Elles apportaient au b�timent un petit charme presque exotique, contrebalan�ant l�aspect g�n�ral de chalet suisse qui le caract�risait. Construit pour M. Outhier, il a aujourd�hui compl�tement disparu. Seules les cartes postales anciennes et quelques publications d�architecture de l��poque permettent d�en conserver la m�moire.

La �Brasserie Paul�, � Saint-Maurice, construite vers 1903 aux abords du bois de Vincennes, permet de nous int�resser � un autre architecte passionnant du Val-de-Marne : Georges Guyon (1850-1915). Comme les Nachbaur, cet artiste travailla g�n�ralement en famille, associ� avec ses fils : Maurice, n� en 1877, et Henry. Install�e � Saint-Maurice, l�agence travailla dans toutes les localit�s avoisinantes (principalement � Charenton), mais �galement � Paris.
Le caract�re parfois tr�s surprenant de leurs travaux conf�ra aux Guyon un certain cr�dit dans les revues d�architecture, qui leur ouvrirent assez r�guli�rement leurs colonnes. C�est ainsi que la brasserie de la rue du Val-d�Osne eut les honneurs de �L�architecture usuelle�, une passionnante revue essentiellement consacr�e � la construction pavillonnaire de la banlieue parisienne. On y trouve ainsi les relev�s des deux fa�ades (la seconde est sur la rue Eug�ne-Delacroix... natif de Charenton), ainsi qu�une tr�s charmante vue g�n�rale, en couleurs.

Lieu de divertissement et de d�tente, ce restaurant joua compl�tement la carte de l�insolite - s�inscrivant dans un paysage urbain tr�s ordinaire -, le bizarre - par une d�coration et une coloration tr�s extraverties - et l�anachronique - l��vocation des colombages normands. N�anmoins, derri�re les �tranges ouvertures de la terrasse et les grandes gerbes de bois de l��tage, se laissait deviner un �difice malgr� tout assez conventionnel.
L�audace formelle de la d�coration n�est pas sans �voquer Guimard - certaines ouvertures de la salle Humbert-de-Romans - ou m�me Henri Sauvage - la terrasse couverte de la villa Majorelle. La pr�sence de chats, sculpt�s sur les murs ext�rieurs, associ�e � la couleur verte des parties en bois, a parfois donn� le nom de �Cabaret du chat vert� � cet �tablissement d�une rare fantaisie.

Qu�en est-il aujourd�hui ? Le b�timent existe encore. J�allais presque �crire : �malheureusement�. Car une destruction totale aurait sans doute paru moins cruelle. La gentillesse d�un lecteur fid�le m�a permis d�en avoir une image r�cente. Elle permet de constaster que, du travail originel des Guyon, ne subsistent d�sormais que la base et une partie du couronnement de l�amusant encorbellement d�angle. Partout ailleurs, le b�timent a �t� b�tonn�, normalis�, banalis�.
Si vous vous rendez sur le site de l�Inventaire g�n�ral, vous y trouverez une information surprenante : on y pr�tend, en effet, que l��difice est aujourd�hui �restaur�. Certes, il est en bon �tat et semble parfaitement entretenu. Mais doit-on parler ici de restauration ? Je laisse la r�ponse � votre appr�ciation...