YVES DUTEIL : La rumeur



La rumeur ouvre ses ailes
Elle s'envole � travers nous
C'est une fausse nouvelle
Mais si belle, apr�s tout

Elle se propage � voix basse
� la messe et � midi
Entre l'�glise et les glaces
Entre confesse et confit

La rumeur a des antennes
Elle se nourrit de cancans
Elle est bavarde et hautaine
Et grandit avec le temps

C'est un arbre sans racines
� la s�ve de venin
Avec des feuilles d'�pines
Et des pommes � p�pins

�a occupe, �a converse
�a nourrit la controverse
�a pimente les passions
Le sel des conversations...

La rumeur est un microbe
Qui se transmet par la voix
Se d�guise sous la robe
De la vertu d'autrefois

La parole �tait d'argent
Mais la rumeur est de plomb
Elle s'�coule, elle s'�tend
Elle s'�tale, elle se r�pand

C'est du miel, c'est du fiel
On la croit tomb�e du ciel
Jamais nul ne saura
Qui la lance et qui la croit...

C'est bien plus fort qu'un mensonge
�a grossit comme une �ponge
Plus c'est faux, plus c'est vrai
Plus c'est gros et plus �a pla�t

Calomnie, plus on nie
Plus elle enfle se r�jouit
D�mentir, protester,
C'est encore la propager
Elle peut tuer sans raison
Sans coupable et sans prison
Sans proc�s ni procession
Sans fusil ni munitions...

C'est une arme redoutable
Implacable, impalpable
Adversaire invuln�rable
C'est du vent, c'est du sable

Elle r�de autour de la table
Nous amuse ou nous accable
C'est selon qu'il s'agit
De quiconque ou d'un ami

Un jour elle a disparu
Tout d'un coup, dans les rues
Comme elle �tait apparue
� tous ceux qui l'avaient crue...

La rumeur qui s'est tue
Ne reviendra jamais plus
Dans un c�ur, la ranc�ur
Ne s'en ira pas non plus.